Lutte anti-gel : essais en Val de Loire

Fiche technique

Lutte anti-gel : essais en Val de Loire

Tour anti-gel, fixe ou mobile, hélicoptères, feux de paille, pulvérisation de produits protecteur... En Val de Loire, les vignerons ont essayé de nombreuses techniques pour protéger la récole des longues nuits froides d'avril 2017. Tour d'horizon des pratiques de lutte contre les dégâts du gel.

Protection par brassage d'air : tour éolienne fixe ou mobile, hélicoptères...

Installée sur une parcelle gélive de 10 ha, la tour anti-gel fixe du Domaine de Sainte Anne à Brissac (Anjou) a montré son efficacité pour protéger 5 à 6 ha de la parcelle. Elle fonctionne grâce à un moteur de camion.

Les tours mobiles ont également démontré leur efficacité. A Bourgueil notamment, Jacky Blot et d'autres vignerons ont utilisé des tours mobiles pour brasser l'air en synergie. Utilisées en rotation 180° elles ont permis de redresser les températures et protéger les vignes du gel. Elles présentent notamment l'intérêt de ne pas polluer le paysage. A Chinon, chez Jean-Martin Dutour, deux de ces tours utilisées sans brûleurs sur 7 ha ont permis de sauver 90% de la récolte. A la Haye-Fouassière, l'éolienne de Daniel Bideau a permis de sauver 3 ha, elle se met en route automatiquement à +2°C et se coupe à 6°C, elle a une autonomie en gasoil de 10 heures.

Dans l'ODG Montlouis, les hélicoptères ont permis de protéger 80% de la récolte. Son vice-président François Chidaine, précise "il aurait fallu que les hélicoptères puissent décoller plus tôt, la nuit du 28 avril alors que le taux d'hygrométrie était de 80%, le survol des vignes aurait permis de diminuer l'humidité". Actuellement, les hélicoptères ne peuvent décoller que trente minutes avant le lever du soleil. Mais certaines nuits, comme celle du 28 avril où il faisait -3°C à 4 heures du matin, des bourgeons ont gelé avant que l'hélicoptère n'ait décollé.

Protection par des produits antigel : PEL 101GV, Mégafol

En renforçant les défenses naturelles de la vigne, le PEL 101 GV améliore la résistance au gel de 1 à 2°C. Claire Lelais, viticultrice en AOC Jasnières a utilisé le produit en complément de bougies et n'a pas eu de dégâts. D'autres essais menés par la Chambre d'Agriculture d'Indre-et-Loire n'ont pas montré d'efficacité significative.

Engrais foliaire, le Mégafol a aussi été testé en préventif. Vincent Gautier, technicien à la CAPL en Saumurois précise que le Mégafol ou le MC Cream sont utilisés en arboriculture en complément d'un kg de magnésie. De nouveaux essais méritent d'être menés.

Utilisée en biodynamie, la valériane a été pulvérisée en préventif par quelques vignerons ligériens sans grande efficacité.

Protection par la chaleur : bougies, feux, chaufferettes, air pulsé

Au Clos des Cordeliers, dans l'appellation Saumur-Champigny, Marie-Françoise Ratron a allumé 1 860 chaufferettes alimentées en fuel sur 13 ha de son vignoble. Le système a très bien fonctionné. Là où une rampe est tombée en panne, 2,8 ha ont été perdus. Ce système relativement consommateur en fuel ne se fabrique plus.

Au Château de Putille à la Pommeraye, cinq personnes ont été mobilisées pour allumer dès 2 heures du matin des pots de paraffine munis d'une mèche en carton. Disposées tous les 2 rangs, à une densité de 200 à 500 bougies par ha, ces bougies ont une autonomie de 8 à 9h. En bas des parcelles, ce dispositif a été complété par des feux de paille ou de souches. Toutes les parcelles ont ainsi été épargnées.

Les feux de balls de paille ou de souches ont été allumés dans différents vignobles. Certains estiment que la chaleur produite n'a eu aucun effet, d'autres en revanche pensent que la fumée peut se comporter comme un voile protecteur au petit matin évitant la grillure du soleil.

Autre solution pour réchauffer l'air, l'utilisation de canons à air pulsé type FrostGuard. Jean-Jacques Bonnet en a fait l'acquisition l'an passé. Implanté sur une parcelle d'un ha, le canon s'est déclenché dès que la température était inférieure à 1,5°C. Les résultats sont mitigés, car l'air chauffé à 80°C n'a pas permis de protéger tous les bourgeons du vent glacial de fin avril. Entre 50 et 60 ares ont cependant été épargnés.

Protection par aspersion

La protection contre le gel passe également par l'aspersion. Les ceps sont arrosés pendant plusieurs heures. Pris dans la glace, les bourgeons ne gèlent pas. L'aspersion doit être arrêtée uniquement quand tous les glaçons ont fondu. A Cour-Cheverny, Michel Gendrier a fait installé un système d'aspersion sur 30ha. En l'absence de vent, l'aspersion est efficace jusqu'à -6°C. La technique est relativement coûteuse en eau : 37m3/ha/heure mais elle a permis de sauver toute la production. 

Le Domaine des frères Couillaud à La Regrippière est équipé en système d'aspersion depuis 1991 sur 17ha de Chardonnay. Pour être efficace, le système nécessite une parcelle d'un seul tenant.

Protection grâce aux assurances

Dernier type de solution de lutte contre le gel, les assurances. On estime que seuls 20 à 25% des viticulteurs sont assurés contre le gel. Cette faible adhésion est sûrement dû à des franchises trop élevées même si des subventions peuvent couvrir jusqu'à 65% des cotisations. La Fédération viticole d'Anjou a fait appel à un courtier afin de proposer des contrats intéressants à ses adhérents.

L'assurance-matériel telle que proposée par Bucher-Vaslin permet au viticulteur qui a investi dans du matériel neuf (pressoir, filtre, tapis...) de bénéficier pour 1 euro symbolique d'une assurance contre le gel. Pour tout investissement réalisé avant le 31 mars, si le viticulteur subit la perte de plus de 30% de sa récolte, il reçoit une indemnisation de 20% de la valeur HT du matériel acheté, ce qui en général couvre la première annuité de remboursement.

 

d'après un article du Vigneron du Val de Loire - Ingrid Proust, Adeline Le Gal et Patrick Touchais - 

lien vers le Vigneron du Val de Loire