Prospections flavescence Dorée et premiers résultats du programme Co-Act

Prospections flavescence Dorée et premiers résultats du programme Co-Act
3 septembre 2019

Prospections flavescence Dorée et premiers résultats du programme Co-Act

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Dans la plupart des régions viticoles, les prospections flavescence dorée ont démarré pour repérer les pieds symptomatiques. En Charentes, par exemple, 72% du vignoble a été prospecté en 2018 et de nouvelles prospections collectives sont organisées dès maintenant. Elles sont réparties sur 6 zones et encadrées par les Chambres d'agriculture. Dans le bordelais, les prospections sont organisées directement par les GDON. Tout viticulteur, salarié viticole ou technicien est invité à participer aux prospections organisées près de chez lui.

 

Le projet de recherche CoAct "connaissances en action contre la flavescence dorée" lauréat de l'appel à projet 2017 rassemble des chercheurs en épidémiologie, en génétique de la vigne et en sciences humaines et sociales de l’INRA ainsi que les principaux acteurs de la lutte contre la maladie : GDON, FREDON, viticulteurs, organismes techniques viticoles, administration.

Il se décline en 3 actions:

  1. Evaluer les risques d’émergence et de propagation de la maladie et se doter d’outils pour les prévenir
  2. Comprendre puis tenter d’exploiter les différences de sensibilités des cépages
  3. Identifier les verrous et les opportunités pour une prise en charge collective de la flavescence dorée.

Les expérimentations au terrain sont menées principalement sur le Bordelais et la Bourgogne.

Premiers résultats sur les risques d'émergence et de propagation de la maladie

Les travaux de l’action 1 ont permis de compléter la liste des plantes hôtes pouvant héberger le phytoplasme dans l’environnement des vignobles ainsi que la cicadelle d’origine asiatique Orientus ishidae qui est vectrice de ce dernier. Sur les sites étudiés, nous avons mis en évidence une faible fréquence de transfert des phytoplasmes vers la vigne par cette cicadelle. Mais nous avons confirmé que les vignes ensauvagées qui bordent les foyers peuvent héberger la cicadelle viticole Scaphoideus titanus et le phytoplasme, constituant ainsi le principal risque de réservoir de la maladie dans l’environnement des parcelles.

Un livret d’information sur la gestion de ces vignes a été co-écrit avec les acteurs de la lutte. Il a été expérimenté sur des communes pilotes puis finalisé pour diffusion plus large. Un test génétique de traçabilité et de prévision des risques épidémiques des souches de phytoplasmes a été transféré vers les laboratoires d’analyses agrées pour aider les organismes gestionnaires à adapter les décisions de lutte.

Enfin, un travail de cartographie est en cours, qui consiste à superposer les cartes historiques des foyers au vignoble avec les cartes d’encépagement, de pratiques culturales, de structures du paysage, facteurs qui peuvent influencer la propagation de la maladie. L’établissement de liens statistiques avec ces facteurs pourra permettre d’établir des cartes de risques et d’optimiser la programmation des prospections.

Comprendre et exploiter les différences de sensibilités des cépages

L’un des objectifs de cette deuxième action est de caractériser la résistance de la vigne à la maladie en comparant les réponses à l’infection de cépages sensibles et peu sensibles, au niveau de la plante entière, comme au niveau moléculaire, dans la dérégulation de leurs gènes. Ces travaux sont en cours à partir d’infections conduites en serre de haut confinement et sur des prélèvements en parcelles infectées de Cabernet Sauvignon, très sensible et de Merlot peu sensible. Afin de comprendre l’origine de la réponse du Merlot, un nouveau croisement des parents du Merlot (Magdeleine Noire des Charentes et Cabernet Franc) a été effectué. Vingt-quatre descendants ont été testés pour leur sensibilité à la flavescence dorée. Leurs phénotypes se répartissent dans les trois groupes définis :

  • très sensibles (comme le Cabernet Sauvignon),
  • intermédiaires (comme le Cabernet Franc) et
  • peu sensibles (comme la Magdeleine et le Merlot).

Nous avons ainsi montré que la moindre sensibilité du Merlot lui a vraisemblablement été conférée par la Magdeleine. Nous devrions ensuite pouvoir identifier des facteurs de résistance à la flavescence dorée et les associer avec des dérégulations moléculaires des gènes de défense comme de métabolisme de la vigne. Dans cette action également, les variétés issues du programme RESDUR de résistance aux maladies cryptogamiques sont actuellement testées pour leur sensibilité à la flavescence dorée.

 

Identification des verrous et des opportunités pour une prise en charge collective de la flavescence dorée

Dans le cadre de l’action 3, de nombreux entretiens ont été conduits avec les acteurs de la lutte contre la FD dans le Bordelais et en Bourgogne principalement (les travaux en Languedoc sont en cours). Ceci s’est accompagné de séries d’observations lors de réunions de gestion et d’activités de prospection. L’accent a été mis sur le travail de prospection des vignerons et sur l’organisation de la lutte collective. Ces travaux permettent de caractériser la mise en place d’infrastructures de connaissances qui relient les prospections, les réseaux de surveillance, les validations des cas par les laboratoires d’analyse et l’ANSES au fonctionnement des dispositifs de gestion de la lutte collective.

Les résultats qui sont produits dans ce projet nourrissent la réflexion des acteurs : au niveau des interprofessions régionales, au niveau du groupe national flavescence dorée et au niveau des SRALs et des services centraux. La discussion de ces observations et des comparaisons entre régions révèlent ce que sont les outils de maîtrise du risque et l’importance du management de la prospection au vignoble. Une analyse comparative met actuellement l’accent sur les modes d’existence très différentes d’une même menace biologique d’un vignoble à l’autre. Par exemple, se dessine en Bordelais, avec des dispositifs délégués, un vignoble hétérogène où le risque est contenu et la lutte modulée avec précision, en fonction des capacités d’investissement des syndicats viticoles dans la surveillance. En Bourgogne, où les viticulteurs se mobilisent assez massivement pour la surveillance de la quasi-totalité du vignoble, l’enjeu est porté sur la qualité de la connaissance produite lors des prospections. Eux même impliqués dans cette connaissance, ils ont les moyens de la remettre en question et de s’imposer dans le processus de catégorisation des zones de lutte.

Les résultats en sciences sociales apportent donc une meilleure compréhension de l’épiphytie de flavescence dorée à l’échelle nationale et surtout des variations spatiales et temporelles de son inscription dans la réglementation, dans la délimitation des zones de lutte et dans la modulation de la lutte au sein de ces zones. 
 

Crédits photos : GDON des Bordeaux , Inra Bordeaux

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