Fladorisk : programme de recherche sur la Flavescence Dorée

Fladorisk : programme de recherche sur la Flavescence Dorée
20 avril 2017

Fladorisk : programme de recherche sur la Flavescence Dorée

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Plus de 60% du vignoble français sont en périmètre de lutte obligatoire contre la Flavescence Dorée, maladie de quarantaine très épidémique. Le Bourgogne suite à la découverte d’un foyer important fin 2011 a déployé un dispositif régional de lutte et de prévention contre cette maladie. Parallèlement, elle s’est engagée dans plusieurs programmes de recherche dont Fladorisk soutenu par un co-financement de l’Interprofession des Vins de Bourgogne.

Ce projet pluridisciplinaire porté par l’INRA de Bordeaux rassemble le travail de Sylvie Malembic-Maher, chercheur et coordinatrice de l’étude, Adrien Rush et Marc Barbier (INRA Grignon). Il a débuté fin 2014 et se termine fin 2017. Il vise à bien évaluer les risques et bénéfices de la flore sauvage situées à proximité des parcelles dans la gestion de la Flavescence Dorée. Il permet également d’aborder l’aspect sociologique de la gestion de cette maladie.

Cet article présente les résultats obtenus en Bourgogne sur l’évaluation du risque de passage de la maladie des plantes sauvages à la vigne. Exemple de la Bourgogne.

Des travaux de recherche sur la diversité des souches de phytoplasme (micro-organisme responsable de la Flavescence Dorée) antérieurs à ce projet ont été menés. Le génotypage a permis de mettre en évidence une faible diversité génétique  avec moins de 10 génotypes recensés et classés en 4 groupes :

  • FD 1 : minoritaire en Europe et en France avec moins de 15 % des cas, surtout rencontré dans le Sud-Ouest et avec une souche dominante M50.
  • FD 2 : largement dominant en Europe et en France où il représente 85 % des cas de contamination. Un génotype : M54 introduit par du matériel végétal contaminé et disséminé par la cicadelle vectrice de la Flavescence Dorée : Scaphoideus titanus.
  • FD 3 : lors de la réalisation de l’étude, ce groupe n’avait été identifié qu’en Italie et en Europe de l’Est, durant le projet Fladorisk, il a été identifié en Bourgogne.
  • PGY : autre groupe qui induit des jaunisses proches de la Flavescence Dorée identifié en Alsace et en Allemagne dans la région du Palatinat.

  

Des travaux sur vigne avec des équipes européennes ont montré que la flore environnante constitue un réservoir de la maladie et apparaît comme la source originelle de la Flavescence Dorée en Europe.

On ne retrouve que très rarement la cicadelle de la Flavescence Dorée sur d’autres végétaux que la vigne. Par contre, d’autres cicadelles sont présentes sur la flore sauveage. Celles-ci peuvent transmettre le phytoplasme de ces plantes sauvages à la vigne de façon très ponctuelle mais elles ne le transfèrent pas de vigne en vigne. Scaphoideus titanus est la seule cicadelle à transmettre le phytoplasme de vigne en vigne.

De ces constats est né le projet Fladorisk ayant pour buts de répondre à différentes questions : ces plantes sont des réservoirs originels mais quel est le risque de transmission à la vigne ? D’autres plantes constituent-elles des réservoirs de maladie ? Existe-t-il d’autres cicadelles vectrices ?

Pour mettre en œuvre ce projet sur le terrain, des groupes de travail avec les principaux acteurs de la lutte en région (SRAl, FREDON, organismes techniques et viticulteurs) ont été constitués. Afin de mesurer le risque de passage de la maladie depuis le réservoir sauvage plusieurs actions ont été mises en place :

  • Recensement et cartographie des réservoirs sauvages,
  • Collectes des végétaux et insectes vecteurs
  • Détection de la présence de phytoplasmes dans les plantes et insectes et génotypage,
  • Essai de transmission
  • Evaluation de la capacité de la cicadelle de la Flavescence Doréeà transmettre ces phytoplasmes.

Entre 2004 et 2009, les premiers cas « isolés » de Flavescence Dorée ont été identifiés en Bourgogne. Le génotypage a montré qu’il s’agissait de la souche M 54-FD 2 introduite par du matériel contaminé et disséminé par la cicadelle vectrice. Cela a entraîné l’obligation d’utiliser du matériel végétal traité à l’eau chaude (selon les cahiers des charges des appellations bourguignonnes). Pour le foyer identifié à Plottes fin 2011, la même souche a été mise en évidence.

          

La prospection fine et quasi-exhaustive du vignoble bourguignon instaurée par le plan de lutte régional a permis l’identification de cas isolés avec une diversité génétique importante. Si dans 50 % des cas la souche était M54-FD 2, pour l’autre moitié, d’autres souches ont été rencontrées : PGY, FD 3 (première fois en France), FD 1 et pour FD 2 des variants de M54. Ce sont des génotypes non décrits sur des foyers en France et provenant très certainement des plantes environnantes.

Sur six cas isolés de flavescence dorée, trois ont été identifiés, et sont connus pour provenir des clématites. A l’échelle régionale, l’analyse des clématites a montré que 36 % sont infectées par M 12-FD 3. Cette plante est fréquente sur les murets construits autour des parcelles. 

Pendant 2 à 3 ans, des pièges ont été posés et relevés par la FREDON pour collecter les insectes présents au vignoble. Ils ont tous été envoyés à l’INRA. Parallèlement, une collecte a également été réalisée sur les clématites. Un insecte, un fulgore (Dictyophara europea)  a été identifié sur les clématites et sur les pièges posés entre clématites et vignes. 20 % des individus collectés étaient infectés par la souche de FD 3. Cet insecte est donc un candidat pour le transfert de la maladie des clématites à la vigne mais avec une fréquence très faible : 1 seul cas détecté sur vigne en Bourgogne, malgré une forte densité de clématites. En laboratoire, des essais de transmission ont été réalisés et ont montré que la cicadelle de la Flavescence Dorée est capable de transmettre le génotype particulier de vigne en vigne.

D'autres génotypes ont été mis en évidence, notamment des génotypes présents dans les aulnes. Sur la commune de Davayé, 3 cas isolés ont été identifiés : PGY, variant de FD 2 et variant de FD 1. Un recensement des aulnes à proximité, décrits comme réservoir naturels, a été réalisé. L'analyse des 97 bosquets est en cours. Des pièges ont également été posés et des collectes d’insectes effectuées. Les résultats montrent comme  dans d’autres pays européens, qu'une cicadelle (Oncopsis alni) est présente et porteuse de PGY en majorité. Elle est capable de le transmettre à la vigne. Cependant, la cicadelle de la Flavescence Dorée ne transmet pas de vigne en vigne le génotype PGY. D’autres cicadelles ont été identifiées comme pouvant transmettre des génotypes Flavescence Dorée à la vigne, mais la transmission de vigne en vigne reste réalisée par Scaphoideus titanus.

Les aulnes sont donc porteurs de phytoplasmes de type PGY et FD 1 / FD 2, qui peuvent être transmis par des cicadelles de la même famille que la cicadelle de la Flavescence Dorée à la vigne de façon occasionnelle. Il est de même pour les clématites. Seul, le phytoplasme PGY, même s’il est transmis à la vigne, ne peut pas être transféré de vigne en vigne par Scaphoideus titanus. Toutefois, la fréquence de passage des plantes environnantes (aulnes et clématites) à la vigne est très faible. La cicadelle de la Flavescence Dorée est responsable du risque épidémique.

Il n’y a pas de nécessité d’éliminer ces plantes environnantes mais la prospection reste indispensable pour identifier ces cas isolés et les arracher au plus tôt.

Ce texte a été rédigé à partir d'une présentation de Sylvie Malembic-Maher le 11/04/2017

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