A la recherche des vignes prémunies

A la recherche des vignes prémunies
3 septembre 2018

A la recherche des vignes prémunies

Thématiques

Le court-noué, maladie à virus transmise par des nématodes du sol, est un problème majeur pour de nombreux vignobles. Une fois installé, il peut mettre en péril la possibilité de cultiver de la vigne sur la parcelle touchée. Comme actuellement aucun moyen de lutte curative n'existe, il est devenu incontournable pour les viticulteurs de pouvoir vivre avec le court-noué. C'est ce que propose l'équipe de l'Inra de Colmar, porteuse du projet PNDV Vaccivine et leurs partenaires.

Dans des parcelles fortement affectées par le court-noué, il est possible de trouver des ceps qui n'expriment pas ou peu les symptômes de court-noué, y compris au sein d'îlots fortement atteints. Ce sont ces ceps qui intéressent les chercheurs. Ils sont en effet potentiellement porteurs de souches atténuées du virus, qui les protègent de la surinfection par des souches virales plus virulentes et plus dommageables. Ces vignes sont dites "prémunies". Après identification du virus d'intérêt, l'Inra de Colmar pourra l'isoler pour ensuite infecter des vignes spécifiquement avec ce virus avant multiplication par bouturage et greffage. L'isolement du virus d'intérêt est capital afin d'éviter toute propagation de virus indésirables.

Parcelle à ChablisCeps en Champagne

La prémunition peut s'apparenter par certains aspects à la vaccination. Le virus atténué induit des mécanismes de défense qui protègent la plante de surinfections graves. Pour être efficace, les virus atténués doivent être présents en quantité dans la plante, bien se multiplier sans dommages apparents à la vigne et rester persistants et compétitifs. La souche atténuée doit être proche génétiquement des virus de l'environnement proche. C'est pourquoi les souches de prémunition identifiés sont spécifiques d'un cépage, d'un porte-greffe et d'un terroir.

 Les virus naturellement atténués, identifiés au vignoble, sont suivis pendant trois ans pour apprécier leur intérêt agronomique (service écosystémique) et l'ensemble des virus présents dans la vigne sont caractérisés génétiquement grâce aux techniques de séquençage. 7 parcelles de Gewurztraminer ont été prospectées en 2018 dans le vignoble alsacien et certaines d'entre elles vont être sélectionnéespour un suivi plus précis. Des feuilles sont prélevées pour analyse sérologique et des notations de symptômes sont effectuées en mai - juin de chaque année (panachure, déformations, rabougrissement etc.). Quand cela est possible, des prélèvements sont aussi effectués sur porte-greffe. Dans le cadre de Vaccivine, des prospections ont aussi lieu en Champagne, à Chablis et dans le Vaucluse.

Dans trois ans des ceps prémunis pourraient être implantés dans des parcelles fortement infectées. Les chercheurs espèrent obtenir une protection durable avec des pertes de récolte acceptables. Cinq à dix ans de suivis agronomiques seront nécessaires pour savoir si le virus atténué sélectionné a protégé la vigne efficacement contre une infection par le court-noué, toujours présent dans le sol.

Les viticulteurs sont invités à signaler des ceps présentant des symptômes faibles de court-noué parmi des pieds à forts symptômes. Ils sont potentiellement source de solutions d'avenir pour la lutte biologique contre le court-noué.

Photos : Inra, CA BFC, Moët-et-Chandon

Commentaires

Il y a actuellement 0 commentaire(s)

Ajouter un commentaire

Vous pourriez être intéressé par ...