Lutter contre le gel de printemps

Lutter contre le gel de printemps
22 mai 2017

Lutter contre le gel de printemps

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Le printemps 2017 s’avère cruel pour les viticulteurs dans tout le vignoble français. Partout à la mi-avril la végétation était très en avance, le débourrement ayant eu lieu avec 10 à 15 jours d’avance par rapport à ce qui est observé habituellement. Le gel de printemps qui a sévit dans les régions viticoles entre le 18 et le 29 avril a coupé court à cette avance en détruisant parfois complètement les bourgeons et jeunes feuilles, organes très peu résistants au gel. Et effet, les jeunes feuilles peuvent geler à -4°C par temps sec et à -2°C seulement par temps humide.

Le réchauffement climatique n’est pas étranger au risque accru de gelées de printemps. Avec des hivers doux et un printemps précoce, la vigne est très avancée dès le mois d’avril. Or, cela expose les jeunes rameaux au gel qui peut survenir jusque début mai. La hausse de la fréquence des épisodes extrêmes est aussi un facteur à prendre en compte. Dans des situations comme celles du printemps 2017, les méthodes de lutte indirectes comme l’implantation favorable de la parcelle, la hauteur des souches ou même le choix du cépage, ne suffisent plus à elles seules à protéger la récolte.

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Des méthodes de lutte directe coûteuses

Les mesures de protection sont coûteuses et difficiles à mettre en place. L’installation de bougies ou de chaufferettes ne peut s’envisager que sur de petites surfaces et sur les parcelles les plus qualitatives. Elles permettent de réchauffer l’atmosphère à proximité immédiate, il faut donc installer entre 300 et 400 bougies par hectares pour être efficace lorsque la température est comprise entre -4°C et -6°C. Une technique similaire consiste à faire brûler aux abords des parcelles des bottes de paille. Cette fois, c’est la fumée qui se dégage qui permet de limiter la perte de chaleur du sol par rayonnement.

L’aspersion d’eau sur les ceps permet de créer une gangue autour des jeunes feuilles et bourgeons et de les maintenir à 0°C. Cette technique est coûteuse en eau. En commençant l’aspersion au petit matin, il faut compter 50 m3 par hectare et par heure.

Tout aussi impressionnant, le brassage de l’air par hélicoptère permet de rabattre vers le sol l’air plus chaud situé en hauteur et ainsi de gagner 1 à 4°C entre les vignes. Sur le même principe, l’installation de tours antigel représente un investissement important puisqu’il faut compter 30 000 à 40 000 € pour protéger 4 à 5 ha. Le recours ponctuel aux hélicoptères a été utilisé cette année en Bourgogne et en Val de Loire notamment, le coût de l’intervention étant de 200 à 250€ pour un hectare.

Quelques techniques innovantes sont expérimentées comme l’utilisation de fils électriques chauffants, l’installation de « frost-buster » c’est-à-dire de brûleurs de gaz à l’arrière des tracteurs ou encore la pulvérisation d’oligosaccharides sur les jeunes feuilles. Les câbles chauffants représentent un investissement important et des coûts d’entretien non négligeables. Fixé le long du fil de palissage et contenant une résistance ils permettent de maintenir autour des bourgeons une température pouvant aller jusqu’à 20°C. Moins coûteux qu’une tour anti-gel et déjà utilisée en arboriculture, la turbine à gaz du frost-buster réchauffe l’air et le diffuse dans un rayon pouvant aller jusqu’à 150 m. Cet air chaud monte jusqu’à plusieurs mètres de hauteur et protège la parcelle. Cette technique est efficace jusqu’à -5°C, son efficacité augmente d’autant plus qu’il n’y pas de vent. La pulvérisation d’oligosaccharides quant à elle reste délicate à réaliser. Ces molécules « antigel » permettent d’augmenter le seuil de tolérance au gel de 1 à 2°C. Homologué sur vigne depuis 2007 comme produit de biocontrôle, l’application d’heptamaloxyloglucane doit se faire à une dose maximale de 0.5 g/ha entre la sortie des feuilles et le stade boutons floraux.

Conséquences pour le vignoble à court et moyen terme

Si le contre-bourgeon n’est pas touché par le gel, la vigne peut repartir et assurer une récolte, même à minima. Les tailles longues sont ainsi les plus susceptibles de fournir du raisin. Les travaux en verts sont rendus difficiles après un épisode de gel du fait de l’hétérogénéité de la végétation. Une taille peut s’avérer nécessaire pour redonner un équilibre au cep et éliminer les entrecoeurs qui donneraient un aspect buissonnant à la souche. Il ne faut pas négliger le travail en vert afin de ne pas prolonger les conséquences du gel et produire des bois utilisables pour l’année suivante.

Si le gel de printemps est fortement dommageable pour le rendement de l’année, la pérennité des souches n’est pas menacée, contrairement à ce qu’il se passe dans le cas des gelées d’automne ou  d’hiver.

Et vous, comment avez-vous réagi aux épisodes de gel de ce printemps ?

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Crédits photos ©Reuters ©L’Alsace ©LePoint

 

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